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Sur le playground, entre moi, un autre et LeBron James, l’écart de 30 centimètres et de 50 kilos n’existe plus ; le fossé de 5000 kilomètres et de 50 millions de dollars qui nous sépare s’efface le temps d’un instant. Mettre un trois points, servir un coéquipier, perdre ou gagner : au fond, comme lui, je fais tout ce que je peux pour jouer de la meilleure des manières au sport que j’aime. Sa puissance est peut-être plus grande que la mienne, soit. Mais comme lui, je m’efforce de faire tout ce qui est en ma puissance. Il faut fréquenter régulièrement les playgrounds pour se rendre compte à quel point le basket académique trouve sa source dans la rue, d’un point de vue technique mais aussi culturel – même si, bien sûr, pas mal de choses séparent maintenant deux mondes qu’on tend, en vain, à rendre imperméable l’un par rapport à l’autre.

Un superbe documentaire dont on a fait la critique il y a presque un an essayait d’approfondir les rapports entre le streetball et le basket tel qu’il se joue en club, et ces rapports sont profonds. A ce propos, quelque chose m’a toujours frappé. Lors d’un match NBA, les moments de trash-talking, où les égos s’affrontent enfin hors du cadre strict du jeu, ces moments je les adore. J’ai l’impression d’y retrouver quelque chose que j’aie vécu, comme si ça pouvait être moi sur le parquet du Garden, en train de gueuler. Mais, sur le playground, ce que j’aime le plus ce ne sont pas les moments de trash-talk (car ils forment l’atmosphère générale) mais les courts instants où, animés par une alchimie mystérieuse, les joueurs font circuler la balle en ne pensant qu’au jeu, rien qu’au jeu : trouver le moyen le plus efficace de mettre la balle dans le panier.

Paradoxalement, ce que je cherche dans le basket académique, c’est sur le playground que j’en fais la plus profonde expérience ; et ce que j’adore sur le playground, je ne l’apprécie jamais autant que lors de ces moments où il transpire au milieu des parquets bien lustrés du basket professionnel.Après 4 heures de jeu, je décide de partir. Il y a eu quelques bons moments mais l’impression finale est plutôt mitigée. Le sentiment est d’ailleurs toujours différent à la fin d’une après-midi comme celle-là. Mais ce qui reste intact, c’est la douce impression de faire partie d’une communauté. Non pas d’une communauté fermée, avec une structure explicite, rigoureusement codée par des comportements précis qu’il faut adopter. Mais un groupe abstrait, un peu aérien, où le lien qui nous unit est solide et en même temps impalpable ; indéfinissable mais tellement concret qu’il me convainc de penser que, cette nuit à l’occasion du deuxième match des Finales – en voyant les Parker, les Wade et les James – en un certain sens je vais, moi et mes potes du playground des quais, nous regarder jouer.